6h41, de Jean-Philippe Blondel

Par · mars 29, 2013

Résumé : deux anciens amants se retrouvent dans un train 27 ans après leur rupture
Les + : très prenant et fluide, lucide, réaliste, à la fois touchant, tendre et cruel
Les – : un peu amer et déprimant pour un lectorat jeune et plein d’illusions
Si c’était à refaire : oui

Résumé

Cécile, 47 ans, mariée, deux enfants, passe la nuit exceptionnellement chez ses parents à Troyes.

Le lendemain, elle prend le train de 6h41. Philippe s’assoit à côté d’elle. Il a été son amant plus de 20 ans auparavant et leur relation a avorté au bout de 4 mois.

Ils font semblant de ne pas se reconnaître. Le trajet est l’occasion pour chacun de faire le bilan de sa vie, de repenser à leur relation et à ce que ça a changé pour eux.

Avis

Retrouvailles silencieuses entre gêne et souvenirs

Toute l’histoire se passe dans un train. C’est toujours fascinant. Dans ce non-lieu, cet entre-deux qui facilite le recul, les bilans, mais aussi la nostalgie et les réminiscences.

Pendant les 2 heures de trajet, chacun des protagonistes est le narrateur à tour de rôle. La relation qui les a unis 25 ans plus tôt se reconstruit peu à peu.

Cécile ressent colère et triomphe mêlés. L’ancien tombeur et salaud est maintenant pansu et négligé, alors que sa chance le prédestinait à une carrière brillante. Philippe, de son côté, éprouve un besoin de rédemption mais aussi un regain d’intérêt pour cette femme devenue élégante et désirable.

L’heure des bilans et des revanches

La confrontation silencieuse obligera chacun à faire le point sur sa vie. Et comme tout se passe dans la tête des héros, tout est dit crûment, sans fard et sans hypocrisie.

Cécile se rappelle d’elle comme d’une « oie » discrète, banale et soumise. Philippe constate une fois de plus son échec professionnel et sentimental.

Chacun dépeint l’autre avec la distance froide creusées par 20 années de séparation. Leur lucidité s’exprime par des pensées lapidaires, courtes, et cinglantes. Problèmes d’érection de l’un et soumission gênante de l’autre sont évoquées sans ambages.

L’exercice de lucidité est très réussi et jouissif pour le lecteur, qui forcément s’y reconnaît un peu. Qui n’a jamais dégusté de voir que la star du collège était devenu un looser, gros et beauf ? La vengeance est savoureuse et cruelle.

Et la tendresse bordel ?

Elle est là aussi. Les deux protagonistes se rappellent également les moments forts de leur amour, le plaisir et le potentiel de leur entente…

Le défilé des émotions que chacun peut vivre en une telle circonstance est parfaitement orchestré et subtilement dépeint.

Le rythme est mené bon train, et s’emballe à mesure que la locomotive approche du but. L’échéance est au bout du quai, comme leur décision de renouer… ou pas. Et pourquoi pas de faire basculer leur vie à nouveau.

Une bonne histoire contemporaine, détente assurée

Il fallait du talent pour relater une histoire se déroulant dans un double vase clos (les pensées des protagonistes et l’habitacle d’un train). Jean-Philippe Blondel y parvient magistralement. Le sujet étant cependant assez commun, le roman ne marque pas non plus profondément. A recommander donc pour passer un bon moment de détente.

6h41, de Jean-Philippe Blondel
Editions Buchet – Chastel
Parution le 03/01/2013
240 p., 15.00 €
ISBN 978-2-283-02605-2
Site de l’éditeur

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