Des amis, de Baek Nam-Ryong

Par · mai 8, 2012

Sujet : le divorce en Corée du Nord
Avis : pas mal
Les + : la Corée de l’intérieur, un soupçon de poésie
Les – : style didactique, mélancolique
Si c’était à refaire : oui

Livre "Des amis", de Baek Nam-RyongRésumé

Sok-Chun stagne à son poste de tourneur à l’usine. Sa femme, ancienne employée de l’usine devenue cantatrice, a davantage d’ambition.

Un fossé se creuse entre eux et les dissensions éclatent. Le couple demande le divorce.

Un juge enquête alors sur leur mariage et sur les raisons de son délitement, afin de voir s’il peut résoudre la discorde. Ce faisant, il fait le point sur son propre couple.

 

 

Avis

Premier roman nord-coréen traduit en Europe

Des amis est un témoignage rare sur un pays aux frontières fermées : la Corée du nord. Il nous plonge dans son quotidien et c’est le premier intérêt du livre : nous montrer que son peuple est comme nous. Il aime, souffre, manque de reconnaissance au travail, pâtit des arrivistes, etc.

La propagande : l’obole indispensable au régime

A une nuance près cependant : son régime est dictatorial. Et cette ombre plane sur chaque page. Propagande et préceptes moraux émaillent l’ouvrage. Lequel doit donc être davantage lu comme un conte moral qu’un roman. On sent que l’auteur est tenu de remplir sa part du contrat. Ce qui fait à la fois l’intérêt et la rugosité du livre.

L’intérêt, car on découvre les règles écrasantes auxquelles le peuple doit se soumettre (sacrifice au bien collectif, primauté du droit commun sur le droit individuel…).
La rugosité, car le style est sacrifié et l’histoire prise en otage.

Parité foulée aux pieds et libertés écrasées

On y mesure d’autant mieux combien le devoir étouffe les libertés individuelles. Les leitmotive du livre sont le culte du travail d’ouvrier, le rôle de la femme au foyer, laquelle en plus de s’acquitter des tâches ménagères, doit être calme, douce et aimante.

Pendant ce temps, l’homme peut réfléchir, écrire et épanouir ses talents.

Autant de préceptes qui feront bondir les défenseurs de la liberté et de la parité.

Une atmosphère malgré le style sec

Le suspens est modéré, le style descriptif et les phrases sont courtes. Malgré tout, se dégage une atmosphère. La mélancolie du juge, son détachement, et son âge avancé permettent quelques éclats de sagesse.

En lisant entre les lignes, on s’apercevra également que le discours est subversif pour le pays. C’est subtil, mais on y découvre quelques brèches : l’Homme, dans la mesure où cela sert la communauté, a par exemple le devoir de s’épanouir dans son métier et de développer ses talents. La femme peut momentanément s’affranchir de son rôle de ménagère quand son métier l’exige.

Au final, si l’ouvrage est pesant par sa moralité, il n’en est pas moins nécessaire en tant que fenêtre sur un pays méconnu.

L’auteur 

Baek Nam-Ryong est né en 1949 dans la province du Hamgyông du Sud. En 1979, il publie sa nouvelle Les Appelés dans la revue Choson Munhak, commençant ainsi sa carrière d’écrivain. Il a signé depuis une vingtaine d’œuvres, et est devenu un écrivain réellement représentatif de la Corée du Nord, qui revendique son origine et sa formation en usine. Son travail s’en ressent, qui se traduit littérairement par un attachement à la justesse du vocabulaire et du détail.
(Source : site de l’éditeur Actes sud)

A lire également sur l’auteur : la chronique de l’express du 01/09/11
On y découvre  que Baek Nam-Ryong, suite à la publication du livre, a dû se justifier sur de nombreux points, comme sa dénonciation des cadres corrompus.

 

Des amis, de Baek Nam-Ryong
Traduit du coréen par Patrick Maurus
Editions Actes sud, parution en septembre 2011
256 p., 22,20€, ISBN 978-2-7427-9933-6

 

 

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