Désert, de J.M.G Le Clézio

Par · mars 31, 2014

Résumé : le parcours initiatique de Lalla, jeune fille du désert exilée à Marseille
Les + : mystique, fort, un portrait de femme libre marquant, lumineux, éblouissant de beauté, libérateur
Les – : lent, il faut du temps pour rentrer dans le récit
Si c’était à refaire : oui

Résumé

Lalla, petite maure, grandit dans un bidonville près de la mer. Enfant solitaire, elle aime aller aux portes du désert. Elle y retrouve parfois ses amis (le Hartani, un berger muet, et Naman, vieux pêcheur et conteur).

Elle y rencontre également celui qu’elle nomme « Es Ser », le secret. Fantôme impressionnant, l’homme bleu est l’un de ses ancêtres, des guerriers du désert écrasés par l’armée française en 1910.

Quand elle va quitter ses contrées sauvages pour la ville occidentale bruyante, sale et dangereuse, Lalla va manquer de se perdre. Es Ser et le souvenir du désert sauront la sauver de cette errance et la ramener à la vie.

Avis

Un récit qui ensorcelle lentement mais sûrement

Il faut du temps pour entrer dans ce livre et pour que la musique prenne. Mais une fois dans ses filets, elle agit comme une sirène enchanteresse et hypnotique.

Parcours d’une femme libre

Désert est avant tout un magnifique portrait de femme libre, sauvage et mue par son instinct et ses envies. Lalla ne saurait se faire capturer par des tentations illusoires : l’argent, le confort emprisonnant de 4 murs, la gloire. Elle est plutôt du genre à se dresser contre l’injustice, et à suivre son cœur, et l’appel des grands espaces.

Le choc de deux mondes

L’auteur fait ici se rencontrer deux mondes, l’orient et l’occident, la spiritualité et la rationalisation. En parallèle, il oppose aussi deux façons de vivre : libre ou soumis, dans un paradis perdu comme le désert ou en ville.

Par les yeux de Lalla, le lecteur pose un regard neuf sur la cité occidentale. La fille des plaines arides y découvre avec effroi une ville insalubre où les gens vivent misérablement, dans la crasse, la frénésie vaine et l’indifférence.

Etait-ce donc ça que le vieux pêcheur glorifiait ? Une cité pleine d’esclaves, de prostituées et de mendiants ? Pour Lalla, il n’y a aucun espoir entre ces murs. Seule la mort règne en maître.

Adaptation et renaissance de Lalla

Pour survivre, la jeune réfugiée trouve d’abord du travail dans un hôtel. Le reste du temps, elle observe les gens à la dérobée, partage le peu qu’elle a avec les pauvres et les chiens errants et rase les murs pour se faire invisible. Elle se perdra jusqu’au sursaut et à la dignité retrouvés.

Retour dans le passé avec un jeune guerrier du désert

En parallèle de l’histoire de Lalla, se déroule celle de Nour, en 1910. Nour est un jeune garçon embarqué dans la guerre sainte aux côtés du Ckeikh Ma El Aïnine. Comme Lalla, il restera fidèle aux guerriers du désert et les suivra « là où il n’y a pas de fin à la liberté ». Loin des appâts de la possession, mais riches de « rien d’autre que que ce que voyaient leurs yeux, que ce que touchaient leurs pieds nus ».

Emprunt de souffle, de force et de mysticisme, Désert est un hymne à la liberté et aux territoires sauvages.
Comme Lalla, on en ressort transfiguré, ébloui de lumière et de beauté.

 

J.M.G. Le Clezio

Désert, de J.M.G Le Clézio
Parution chez Gallimard en 1980 (collection Le chemin) et le 24/09/1985 (collection Folio)
448 pages, 8.40 euros
ISBN : 9782070376704
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