Du domaine des murmures, de Carole Martinez

Par · septembre 26, 2012

Résumé : Une jeune fille est tiraillée entre plaisirs terrestres et célestes
Les + : féminin, magique, sensuel, une histoire forte et initiatique
les – : plus romantique que Le cœur cousu
Si c’était à refaire : oui

Résumé

L’an 1187. Esclarmonde, princesse chérie par son père, refuse le mariage et déclare vouloir dédier sa vie à la prière et à l’adoration du Christ.

Pour atténuer l’offense, elle fait le vœu de s’emmurer vivante jusqu’à sa mort, dans une cellule de pierres percée d’une petite fenêtre.

Sa réclusion volontaire lui donne une aura de sainte, et sa cellule devient vite un lieu de pèlerinage incontournable. Elle reçoit les confidences des fidèles, les conseille, engage les femmes à suivre leurs désirs et absout les pêchés.

Ses convictions de jeune fille tiendront-elles face aux plaisirs de la vie qu’elle découvre par sa lucarne? Entre sainte et être de chair, Esclarmonde connaîtra l’extase et l’amour comme le doute et la souffrance.

Avis

Une histoire prenante

Histoire d’une princesse en rébellion, immersion dans le moyen-âge obscur et mystique : si l’essentiel de l’ouvrage se passe dans une pièce fermée, il n’en est pas moins captivant.

L’auteur réussit la prouesse de nous tenir en haleine avec une héroïne placée entre 4 murs.

Féministe

Comme dans son précédent roman « Le cœur cousu », ses phrases sont finement ciselées, teintées de magie, et on y retrouve une femme en opposition avec son siècle. Esclarmonde est tenace, sûre d’elle, et grâce à son statut de religieuse, elle peut affronter les hommes comme des égaux.

En s’enfermant, elle gagne la liberté et s’extrait de la condition des femmes de l’époque, considérées comme des impures, esclaves de leur mari, et comme un moyen d’asseoir une filiation d’hommes. Féministe Carole Martinez ? Passionnément !

Amour terrestre versus amour christique

L’auteur joue aussi magistralement bien sur l’ambiguïté du personnage. Sa foi est-elle sincère ou bien lui sert-elle à mieux manipuler son entourage comme elle le faisait enfant avec son père ? Les miracles qui surviennent autour d’elle sont-ils vraiment de son fait ? Enfin, en grandissant, sera-t-elle aussi sûre de sa foi et d’avoir fait le bon choix ? Des événements pourraient faire vaciller ses certitudes…

Carole Martinez montre bien le combat entre l’appel mystique et l’amour terrestre, entre la spiritualité et la chair. Au fil du livre, le corps reprend sa place, et le vocabulaire se fait plus sensitif et sensuel.

Tenant davantage du conte merveilleux que du roman, Du domaine des murmures est une expérience dans un univers magique, sauvage, féminin, aussi doux que cruel. Il faut le lire au moins pour son ambiance unique et son vocabulaire tout en dentelle.

Du domaine des murmures, de Carole Martinez
Paru en 2011, 208 pages
Editions Gallimard, collection blanche
ISBN 9782070131495, 17,15 €
Voir le site de l’éditeur

 

Commentaire1 Comment

  1. la caudrelle dit :

    si on redoute de s’ennuyer avec cette histoire de jeune fille emmurée , on se trompe, c’est un récit unique passionnant qu’on lit d’un seul trait.

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