Journal d’un corps, de Daniel Pennac

Par · juillet 3, 2012

Sujet : journal du corps d’un homme de 12 à 87 ans
Avis : bien
Les + : original, sensible, une belle histoire, universel
Les – : les inquiétudes intrinsèques (mais inévitables) au sujet
Si c’était à refaire : mille fois oui !

Résumé

Une jeune femme reçoit de son père décédé son journal intime. Le récit est un peu singulier puisqu’il s’agit de celui de son corps.

Ecrit de l’âge de 12 ans à 87 ans, le journal débute par un traumatisme. L’enfant, attaché à un arbre, se soulage sur lui de terreur et découvre que son corps peut le trahir.

Dès ce moment, il va compiler les faiblesses comme les sources de joie de son enveloppe charnelle, ses manifestations routinières comme ses soulèvements.

 

Avis

Le corps à l’écoute

Daniel Pennac donne la parole au grand laissé pour compte de notre société : le corps. Il est renversé par l’intellect, bâillonné par la bienséance, meurtri par la performance. Conçu comme une machine réparable et sans limite, il est morcelé en autant de spécialités que compte la médecine occidentale. L’organisme est aujourd’hui mis au pas, soumis au culte de l’apparence, et tenu de ne pas faiblir.

Alors que la littérature se penche plus volontiers sur les états d’âme, l’auteur a eu cette idée géniale d’exposer notre intérieur viscéral. Une bonne façon de revenir à l’essentiel et de couper l’herbe sous le pied aux élucubrations en tous genres.

Le corps sans tabou

Dans ce journal des sens, Daniel Pennac aborde tout du corps, sans gêne et au mépris de la bonne éducation.

Le vocabulaire est cru, rare en littérature, et contrairement à ce qu’on pourrait penser, le récit n’est pas du tout ennuyeux. Ne craignez pas de subir la liste de ses affres. Car on ne se lasse pas de ce livre au ton léger ni de ses personnages si doués pour le bonheur.

Une belle histoire avant tout

Journal d’un corps est d’abord le récit d’une belle histoire, qui traverse presque un siècle. Son protagoniste aborde le passage du temps avec sagesse. Par à-coups, car le corps se rappelle souvent à nous par surprise, et nous oblige à nous ouvrir à lui.

Le narrateur écoute le sien avec curiosité, étonnement, parfois avec colère, mais la plupart du temps avec beaucoup d’indulgence, et c’est ce qui fait tout le charme du livre.

Sa relation corps-esprit est plutôt saine, il sait faire la part belle aux plaisirs des sens, et le tout est raconté avec humour. Autant de qualités qui l’allègent et lui évitent l’écueil du tout-médical.

Dernier atout et des moins négligeables : cette touche humaniste que sait si bien injecter l’auteur. Daniel Pennac écrit ses personnages avec amour, générosité et empathie. Ils sont humains et surtout ils aiment la vie.

Un ouvrage plus touchant que les précédents

L’ouvrage ne pouvait cependant pas faire l’économie de la tristesse. Le sujet reste délicat. Le corps naît avec une date de péremption et il est voué à se faner. Dès le début du livre, le lecteur connaît la fatalité inéluctable.

L’ouvrage se teinte donc peu à peu de nostalgie de la jeunesse où tout était possible et du constat amer de la décrépitude. Mais, et c’est tout l’art de son écriture, Daniel Pennac compense cette perte par la politesse, l’humour, et la sérénité conférée par l’âge.

Une histoire universelle…

Daniel Pennac raconte l’histoire de tout un chacun. Elle n’est ni fantaisiste ni délurée comme dans nombreux de ses romans, mais ressemblante à la nôtre.

Son talent est de l’écrire avec tendresse et humanisme, nous invitant à l’indulgence avec notre propre corps et à aimer davantage la vie.

PS : l’auteur rêverait de lire le journal d’un corps féminin, alors à vos plumes !
Copyright de la photographie en page d’accueil : Arno Rafael Minkkinen

 

JOURNAL D’UN CORPS
Editions Gallimard, parution en 2012
400 pages, 22,00 €, ISBN 9782070124855
Site de l’éditeur

 

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