La carte et le territoire, de Michel Houellebecq

Par · octobre 30, 2012

Résumé : le parcours et la vie d’un artiste
Les + : captivant, foisonnant, amusant, maîtrise de la langue, narration orchestrale, recul sur la société, pas péremptoire
Les – : et l’amour dans tout ça ?!
Si c’était à refaire : oui

Résumé

Jed est né au Raincy, en Seine-Saint-Denis, d’un père architecte et d’une mère dépressive.

Grâce à une série de photos d’objets manufacturés, il intègre les Beaux-Arts. Il poursuit ensuite sa vie d’artiste, soumise à la seule et impérieuse nécessité de créer.

C’est malgré lui qu’il va réussir et croiser le chemin de personnalités mondaines.

 


Avis

Une construction unique, en trois phases, qui joue sur les ressemblances et les chassés-croisés entre Houellebecq et ses personnages.
Une réflexion sur l’architecture, les utopies, l’art et le processus de création.
Un style travaillé.
Des personnages antisociaux, au désenchantement assumé, qui vont à l’encontre des diktats de la société.
Enfin une critique caustique mais honnête du monde moderne.
Le pari était audacieux, il est tenu. Houellebecq nous captive et impose le respect.

Un personnage triste mais attachant

Au travers de son personnage, l’auteur décrit le monde moderne sans le voile des illusions ni des mensonges. Jed n’est pas vraiment attaché à la vie. Il est solitaire, déprimé, et laisse filer l’amour entre ses doigts. Son art même ne suscite pas son enthousiasme. Il se contente de le mettre en œuvre, sans forfanterie et sans se poser de question existentielle. A ce titre, il se situe aux antipodes du milieu artistique parisien, décrit comme fat et vénal.

Terre à terre, Jed est uniquement préoccupé par son chauffe-eau qui chancelle, et ne connaît de plaisir que lorsqu’il va chercher ses pâtes au supermarché du coin. Autant dire que ses émotions sont limitées.

Un recul rare sur notre société

Il fallait un personnage aussi détaché du monde actuel, et donc du pouvoir, de l’argent, des modes et du conformisme, pour pouvoir décrire notre société avec un tel recul. C’est ce qui rend cet ouvrage unique et proche du chef d’œuvre. Houellebecq écrit avec une objectivité exemplaire et un souci de vérité constant.

Le style, descriptif, laisse peu de place à l’emphase. Nous sommes des fourmis que l’écrivain scrute sans pour autant se placer au-dessus. Il est l’historien de notre monde contemporain, désireux d’en laisser une trace la plus fidèle possible aux générations futures.

Tout y passe, des objets qui font notre quotidien au décryptage froid des rapports humains. Les bons sentiments sont absents. C’est d’ailleurs plutôt reposant et ce qui n’en exclut pas la poésie.

Un peu d’humour dans la noirceur

Son sens de l’humour est avéré et on se surprend à rire à gorge déployée. Aux dépens souvent des people qu’il brocarde. De Julien Lepers à Jean Pierre Pernault (qui devrait bientôt déclarer en direct son homosexualité d’après le récit), il brode entre fiction et réalité.

Ca allège le récit et c’est amusant, soit ! Les people font partie de notre société, soit ! On regrette cependant que ça concerne surtout les Parisiens. On ne peut également s’empêcher de penser que l’auteur drague de cette façon la critique, volontiers méprisante et amateur de petites vacheries assassines.

Une réflexion sur la finitude de l’homme 

N’en reste pas moins la portée universelle du message qui fait écho à notre existence. Elle apparaît comme périssable et bientôt dissoute dans la nature, plus forte et vraie que tout et aux cycles implacables. Les personnages du livre admettent leur échéance et assument la tristesse qui l’accompagne. C’est la voie que montre l’auteur, celle de l’acceptation.

Il épingle ainsi tout ce qui pourrait nous en détourner : le divertissement, le tournis éphémère que procure la consommation, la pseudo-sécurité de notre confort moderne. Même la vie familiale ne trouve pas grâce aux yeux de Jed. Son père estime en effet avoir échoué dans ce projet et avoir conduit son mariage à la faillite.

Si la tristesse est bien présente dans ce livre, elle est équilibrée par la causticité du propos, la réhabilitation du Beau et la possibilité de l’amour. Certains regretteront l’esprit provocateur des premiers livres de M. Houellebecq, retenons-en plutôt sa sincérité.

La carte et le territoire, de Michel Houellebecq
Parution aux éditions J’ai lu le 07/03/2012
8 €, EAN : 9782290032039
Voir le site de l’éditeur

Pour aller plus loin : 2 heures d’interview avec Surlering.com

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