La nuit en vérité, de Véronique Olmi

Par · octobre 23, 2013

Résumé : l’émancipation d’un garçon de 12 ans en mal d’origines
Les + : le sujet, rarement traité en littérature, les 100 dernières pages lumineuses
Les - : les 200 premières un peu lâches
Si c’était à refaire : oui, mais ce ne serait pas une priorité
Publié en août 2013

Résumé

Enzo est en 6ème dans un collège du très chic 1er arrondissement de Paris. Rond, issu d’un milieu modeste et rêveur : tout le désigne comme bouc émissaire de sa classe. Harcelé, il se sent très seul.

Sa mère, issue de l’immigration russe, l’a eu à 17 ans. Elle l’aime autant qu’il lui pèse, et ne s’en cache pas.

Ils vivent tous deux dans un grand appartement, près du Palais Royal, dans une pièce qui leur est réservée en échange du ménage. Une situation précaire, qui les oblige à se tenir en permanence sur le qui-vive. Ils appréhendent chaque jour le retour des propriétaires, des gens supérieurs, irrespectueux, et paternalistes.

Leur vie va continuer de manière bancale jusqu’à l’implosion finale. Il leur faudra des événements violents et une prise de conscience brutale pour se libérer et s’émanciper.

Avis

Le quotidien précaire d’une mère pauvre et de son fils

L’auteur a le mérite de s’attaquer à un sujet trop rare : le quotidien de deux êtres esseulés et décalés, qui s’accrochent l’un à l’autre, et défendent comme ils peuvent leur dignité.

Ils ne sont ni des héros ni des figures sublimes. Liouba est une jeune femme sans attache, qui a eu son fils trop jeune par accident, ou plutôt « par surprise » comme elle le dit avec délicatesse. Elle porte des fuseaux panthère et des talons Tati, et sa démarche est mal assurée et saccadée. Décalée, immature et fragile, elle inspire la compassion. On sent que son rôle de mère seule pèse trop lourd.

Enzo, de son côté, est un garçon rêveur et soucieux de bien faire. Il veut par-dessus tout épargner à sa mère des soucis, conscient qu’il est un fardeau. Passif au début du livre, il est la cible idéale des harceleurs de son collège.

La relation mère-fils décrite avec justesse

Enzo et Liouba s’aiment d’un amour œdipien. Ils sont à la fois maladroits et soucieux de l’autre. Ils s’adorent et s’exaspèrent sans se comprendre complètement. Chacun a sa pudeur et son jardin secret. Enzo cache à sa mère les liens qu’il entretient avec le fantôme d’un soldat mort en 1917 et le harcèlement dont il est victime.

Liouba lui soustrait ses origines et sa lucidité sur son travail.

La précarité de leur situation, peinte avec retenue, ainsi que leurs cachotteries, contribuent à installer une tension latente, laquelle se dénouera dans l’horreur, puis la libération.

Une histoire qui peine à décoller, mais s’achève en feu d’artifice

Si la relation mère-fils est bien décrite, dommage cependant que l’histoire mette autant de temps à décoller. Enzo peut paraître assez peu crédible au début. N’est-il pas trop mature et lucide pour son âge ? Par ailleurs, son caractère taciturne, empoté et goinfre font de lui au prime abord un personnage transparent, auquel il est difficile de s’attacher. Ce n’est qu’avec sa rencontre avec le fantôme que l’histoire s’élève et qu’Enzo prend peu à peu chair. Alors commence sa véritable émancipation et la résilience opère.

Comme si l’auteur attendait ce moment depuis l’incipit, le style s’épaissit et le rythme accélère. La lumière perce enfin la noirceur et les personnages prennent de la hauteur. Liouba lâche prise et retrouve sa fierté. Son courage et sa foi en l’avenir sont sublimes. Enzo de son côté affronte avec vaillance ses démons et en ressort touché par la grâce.

Le final est éblouissant. L’apaisement et la foi en un bonheur possible sont au bout du chemin. C’est là un beau message d’espoir et de courage, qui rattrape les lenteurs du début.

 

La nuit en vérité, de Véronique Olmi
Publié en août 2013 chez Albin Michel
320 pages, 19.00 €
EAN13 : 9782226249692
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