La vie rêvée d’Ernesto G. de Jean-Michel Guenassia

Par · février 17, 2013

Résumé : deux médecins politiquement engagés dans la tourmente du XXe siècle
Les + : lecture calme, écriture fluide, un parfum de liberté, débonnaire
Les - : désenchanté, fataliste, histoire plate (sauf les cent dernières pages, plus prenantes)
Si c’était à refaire : je ne pense pas

La vie rêvée d’Ernesto G. : un roman de Jean-Michel Guenassia

Résumé

Joseph Kaplan, médecin pragois, va traverser le siècle. De Prague à un sanatorium isolé, en passant par Paris et l’institut Pasteur d’Alger, il sera pris dans les tempêtes des deux guerres mondiales, la guerre froide et la chute du communisme.

Dans ce tumulte, quelques ancrages immuables : le tango, qu’il danse et écoute, fidèle au chanteur Carlos Gardel, son dévouement à la médecine et l’amour de sa fille.

Amitiés fortes et rencontres rythmeront sa vie. Parmi celles-ci, celle du Che, soigné en Tchécoslovaquie avant son renvoi en Bolivie.

 Avis

Une histoire belle, mais plate

La vie rêvée d’Ernesto G. séduira ceux qui aiment les histoires tièdes et l’Histoire tout court. Il laissera en revanche sur leur faim ceux qui rêvent d’intensité et refusent le désenchantement.

La perte des idéaux

Chaque personnage du livre a ses idéaux (la foi en la révolution et dans le communisme notamment), mais leur raison l’emportera presqu’à chaque fois sur la passion, pour aboutir à un compromis raisonnable.

Le Che, quand il se fait soigner au sanatorium de Bohème, est présenté comme un antihéros. L’idée, fictive, est intéressante, car elle montre un autre visage du guérillero. Celui d’un homme fatigué, affaibli par la révolution ratée au Congo, et en proie au doute. Proche de la quarantaine, il comprend que sa lutte n’aboutira pas et que le capitalisme triomphera. Il désire alors se retirer comme médecin et fonder une famille. Mais sa vie est-elle encore entre ses mains ?

De la même façon, le personnage central du livre, Joseph Kaplan, choisit la voie paternelle de la médecine plutôt que l’engagement dans la guerre civile espagnole. Ses choix amoureux sont également davantage guidés par la logique que par la passion.

Il traverse ainsi le siècle avec bonhommie et détachement. Les épreuves de la vie glissent sur lui sans laisser trop de marque, et il avance sereinement, avec confiance et constance, sans peur des représailles. Cela fait de lui un personnage déterminé et optimiste, mais sachant être raisonnable quand il le faut.

Un fatalisme apaisant

Ce côté fataliste rend la lecture agréable et fluide, malgré les tourments traversés. Il permet de comprendre combien les hommes sont ballotés par l’Histoire et pas complètement maîtres de leur destin (amoureux ou autre). L’oeuvre invite ainsi au lâcher prise et à prendre la vie comme elle vient, sans résistance.

Mais où sont la rage de vivre, la fougue, l’audace ?

Le revers : pour les lecteurs avides d’intensité, le livre manquera de sel. Il leur sera difficile de s’attacher à cet antihéros distant, sur lequel rien n’a prise. Impossible également de lui trouver de la profondeur alors que ses opinions sont vacillantes et peu tranchées.

L’intérêt du livre : l’ode à la liberté

S’il faut cependant saluer une réussite, c’est le parfum de liberté qui règne au fil des pages. Il y a quelque chose de Gatsby le magnifique, de Scott Fitzgerald. Le héros consume ses nuits dans les clubs parisiens et les gargotes d’Alger à danser et à faire la fête.

Les couples s’unissent et se désunissent sans drame. Ils admettent le désamour quand il advient, l’envie de vivre une autre vie, et sont conscients qu’ils n’appartiennent jamais l’un à l’autre. Les femmes, de même, y sont libres, engagées dans la défense de leurs droits, et émancipées pour l’époque.

Néanmoins, si cette légèreté donne une atmosphère assez plaisante, elle ne suffit pas à hypnotiser et à imprégner durablement le lecteur. Cette nonchalance révèle surtout la tiédeur des émotions et des sentiments et on s’ennuie très vite.

 

L’auteur Jean-Michel Guenassia
La vie rêvée d’Ersnesto G. est le 3ème roman de l’auteur français né à Alger en 1950. Son précédent livre « Le Club des incorrigibles optimistes » a reçu en 2009 le Goncourt des lycéens.

La vie rêvée d’Ernesto G. de Jean-Michel Guenassia
Parution en août 2012 chez Albin Michel
544 pages
EAN13 : 9782226242952
Prix : 22.90 €
Voir le site de l’éditeur

Ajouter un commentaire