L’amour au temps du choléra, de Gabriel García Márquez

Par · septembre 20, 2013

Résumé : l’amour, la vie, la mort dans l’exotique Nouvelle-Orléans du début du siècle
Les + : une belle et universelle histoire d’amour, dépaysement, humour, charme rétro
Les - : un conte qui paraîtra trop idéaliste et lent aux lecteurs désenchantés
Si c’était à refaire : oui !

Résumé

Le livre narre les destins croisés de 3 personnages dans la Nouvelle-Orléans du début du siècle : deux hommes aimant la même femme.

L’un obtiendra sa main et partagera son quotidien.

L’autre sera l’amoureux de l’ombre, fidèle et passionné.

 

 


Avis

Un conte universel entre réalisme et magie

L’amour au temps du choléra est avant tout une très belle histoire, proche du conte. Le coup de maître de l’auteur est de mêler habilement réalisme et magie.

Le réalisme

La vie des protagonistes est décrite avec beaucoup de pragmatisme. On les suit de de la naissance à la mort, avec une pointe d’ironie et de détachement serein.

Les personnages sont finement décrits, avec délicatesse et lucidité. Ce qui permet au lecteur de s’y reconnaître et de s’abandonner avec délice dans leur vie rocambolesque.

La magie

Sous cette réalité sourdent cependant des forces plus puissantes et troublantes. La magie opère.

L’amour de Florentino pour Fermina apparaît comme un diamant parfait, éternel et d’un romantisme absolu.

Pour mieux faire briller cet amour si pur, García Márquez l’immerge dans une Nouvelle-Orléans exotique faite de contrastes claquants.

Au jardin frais et hors du temps de Fermina, répond le bouillonnement de la ville et sa touffeur.
A sa naïveté s’opposent les corrompus, les prostituées et les bandits aux affaires troubles.
Face à son élégance : le remugle des eaux stagnantes du port et les marchés grouillant de monde, de couleurs, et d’arnaques.

Autant de contrastes qui n’en disent qu’un : celui de l’amour éternel opposé à la vie, qui se corrompe avec le temps.


Au-delà du conte, une vraie réflexion sur l’amour

García Márquez explore avec finesse un questionnement très contemporain : faut-il choisir la sécurité ou prendre le risque de la passion ?

Il montre également avec humour combien les choix sont parfois irrationnels et stupides.

Toute la complexité et la richesse humaines sont ici réunies.

Une narration qui dupe le lecteur

Le narrateur décrit les personnages avec ironie et affection, il paraît omniscient. Erreur ! L’histoire est abordée du point de vue des protagonistes. Et le récit glisse de l’un à l’autre de manière à peine imperceptible.

Quand le narrateur relate l’histoire, il le fait à travers les perceptions d’un personnage. Perceptions que s’empressera de corriger le protagoniste suivant.

A charge du lecteur de reconstituer le récit et de s’approcher peu à peu de la vérité. Jusqu’à son éclosion finale.

A la clef : du suspens, et la rage du lecteur, qui assiste impuissant à la naissance de malentendus entre les protagonistes, à leurs méprises, et à leurs rencontres manquées.

Cette narration très habile reflète la vie même. Chacun ne fait-il pas qu’interpréter les événements, depuis sa petite fenêtre, et se tromper parfois sur les désirs et les attentes des autres ?

Ce chef d’œuvre pourrait bien faire son entrée à la Pléiade. C’est tout le bien que l’on souhaite au premier écrivain colombien à avoir reçu le prix Nobel de littérature.

 

L’amour au temps du choléra, de Gabriel García Márquez
Editions Grasset, parution le 02 juin 1992
448 pages, 6.90 euros
EAN / ISBN : 9782253060543
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