Mazurka, de Philippe Moreau-Sainz

Par · octobre 1, 2012

Résumé : la quête d’identité en jeu
Les + : analyse très fine d’un personnage angoissé, suspens, style élaboré
Les - : pas très gai mais ce n’est pas le but, quelques lenteurs
Si c’était à refaire : oui

Résumé

Agnès part à Varsovie avec une amie et reste seule un week-end de plus. Elle perd ses papiers et le voyage d’agrément vire au cauchemar.

Après une demande de renouvellement, on lui remet un passeport avec sa photo mais au nom polonais de Wioletta Wlodarska. Le document est accompagné d’un jeu de clefs.

Erreur administrative ou piège savamment orchestré : le jeu de piste commence. L’enjeu : revenir en France…

 
Avis

Du suspens

Mazurka est un livre au suspens bien présent. Agnès rentrera-t-elle en France ? Est-elle victime des lourdeurs de l’administration post-soviétique ou bien tombée dans un piège sans issue ?

Une atmosphère trouble et étouffante

Tout concourt à brouiller les pistes. Varsovie hésite entre la capitale touristique et une ville hostile et étouffante, la sollicitude des gens qui gravitent autour d’Agnès est aussi sincère que louche. Le soupçon règne ici en maître.

Une analyse très fine et sensitive d’un personnage torturé

Le suspens est exacerbé par la personnalité de l’héroïne. Et c’est là tout l’intérêt du livre. Son retour en France dépend d’elle et de l’avancée de son enquête. Or, il faudra compter sur sa complexité et ses contradictions.

Agnès est une femme angoissée. Elle passe de l’action à la passivité. Selon ses visages, ses démarches pour rentrer en France sont au point mort ou font un bond. Elle bascule constamment de la rage face une situation absurde à la résignation.

Le personnage pourra ainsi agacer le lecteur. On a envie de la bousculer pour qu’elle agisse et retrouve son identité. Il ravira en revanche ceux qui aiment les anti-héros torturés. Car, c’est là que Moreau atteint des sommets.

Agnès sort meurtrie d’un double coup dur. Elle est blessée et en rupture avec sa vie passée. Le bruit la heurte, elle étouffe dans les situations où elle se sent piégée, n’est pas sûre d’elle et elle est très souvent en apnée. La description du personnage est très physique.

Elle est également pétrie de contradictions. Agnès cache une sensibilité exacerbée derrière un faux détachement et de l’ironie. Elle est tantôt combative et indépendante, tantôt passive et inconsciente. Elle essaye d’affronter son passé, mais succombe à l’oubli quand c’est trop dur. Elle oscille entre un contrôle démesuré de ses émotions et un abandon de soi extrême. Cette description de l’auteur est une belle réussite.

Un comportement cependant parfois peu crédible

Reste que la bascule entre les moments d’abandon et ceux de colère sont parfois trop inopinés, brutaux, et apparaissent comme incompréhensibles.

Le suspens pâtit également de temps à autre de quelques lenteurs. Mais le style rattrape le tout. Tout s’enchaîne, dialogues comme narration, sans retour à la ligne ni tirets. L’auteur casse les codes. C’est déroutant au début, mais force est de constater que la lecture est plus fluide et agréable.

L’identité en question

La fin de l’histoire ne plaira peut-être pas à tous, mais elle a le mérite d’être anti-conformiste. Moreau-Sainz pose la question de l’identité. Devons-nous nous attacher à notre ego ? Faut-il creuser toujours le même sillon ou bien s’ouvrir à de nouvelles vies possibles ?

Mazurka, de Philippe Moreau-Sainz
Paru le 16/02/2012 aux éditions Mercure de France
198 p., 17.50 euros
ISBN : 9782715232648
Site de l’éditeur

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