Mon chien stupide, de John Fante

Par · septembre 28, 2012

Résumé : le rêve américain écorché
Les + : humour décapant, léger, loufoque
Les - : fin triste, aux airs de rédemption
Si c’était à refaire : oui !!

Résumé

Bandini, romancier et scénariste de 55 ans, regarde sa vie avec désabusement. Il se considère comme un raté. Ses écrits manquent d’originalité, sa famille lui pèse et sa maison chic au bord de mer l’ennuie.

Egocentrique et perpétuellement insatisfait, il voit l’arrivée d’un chien à sa porte comme une fantaisie, l’espoir d’une victoire sur son entourage, voire une libération.

Contre l’avis de sa femme, il garde le molosse aux mœurs biens particuliers. L’engrenage des problèmes peut s’enclencher…

Avis

Une première moitié de livre hilarante

Difficile de ne pas rire à gorge déployée au début. Bandini est un insatisfait chronique, au côté beauf riche, qui a abdiqué et n’a plus qu’un rêve en tête : voir ses quatre enfants quitter le nid et fuir dans sa chère patrie, l’Italie, pour recommencer sa vie auprès d’une belle locale.

Il a l’amertume de celui qui a réussi mais trop médiocrement à son goût. Il n’est « que » scénariste de scripts à l’eau de rose, de westerns ou de policiers formatés. Sa femme, au foyer, est stressée et dépassée. Et ses quatre adolescents sont en-dessous de ses espoirs : ils sont peu dociles et loin d’être Einstein.

Tout va mal, il se sent inadapté au monde moderne. S’il exagère un peu, le voir se plaindre est un plaisir immense. Comment ne pas s’attacher à ce personnage, un idéaliste déçu, qui trouve qu’on lui a vendu un bonheur en boîte ?

Le deuxième personnage du livre est le chien, le bien-nommé Stupide. Déficient et placide, il peut se révéler redoutable et pervers dans certaines situations. La bête est jubilatoire à souhait !

Une deuxième partie plus triste et amère

Dommage cependant que la suite vire au dramatique. Le narrateur prend conscience que sa famille est en jachère et qu’il en est en partie responsable. Il se rend compte qu’il ne connaît pas ses quatre ados, qui le lui font bien sentir. Viennent alors la culpabilité, l’écoute de l’autre, et un début de tolérance.

Le sentimentalisme et la rédemption guettent. Dur de comprendre pourquoi un tel revirement.

Restent que les personnages principaux, marquants, ne s’oublient plus, et que le début, hilarant, vaut largement la lecture.

Citation :
La leçon apprise par Bandini : « Pour écrire il faut aimer, pour aimer il faut comprendre »

 

Mon chien stupide, de John Fante
Paru le 3 janvier 2002 chez 10/18
192 p., 6.10 euros
EAN 9782264034502
Voir le site de l’éditeur

Biographie de l’auteur (source : éditions 10/18)

D’origine modeste, John Fante, fils d’immigrants italiens, né en 1909 à Denver (Colorado), fait très jeune ses premières gammes en écriture. Il montre ses textes à H. L. Mencken qui lui achète dès 1932 sa première nouvelle pour l’American Mercury, le prestigieux magazine qu’il dirige. Commence alors entre les deux hommes une amitié épistolaire qui durera plus de vingt ans.

En 1933, son premier roman, La Route de Los Angeles, est refusé par les éditeurs et il lui faudra attendre cinq ans la publication de Bandini.

Parallèlement, il fait ses débuts dans les studios de Hollywood ou il participe, de 1935 à 1966, à la rédaction de scénarios d’une dizaine de films.

Romancier autobiographe, Fante n’a jamais raconté dans ses romans qu’une seule histoire, la sienne. Celle d’un immigré de la deuxième génération, de son père, de sa mère, de ses frères et soeurs et de leurs voisins bavards et catholiques, italiens eux aussi.

Il raconte également ses vagabondages à Hollywood, l’argent facile dans lequel on se noie, puis le choix de la pauvreté qui est celui de l’écriture. Tardivement révélé au public avec Pleins de vie, John Fante est mort en 1983.

 

 

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