Ouragan, de Laurent Gaudé

Par · novembre 11, 2012

Résumé : chassé-croisé de personnages au cœur du cyclone Katrina
Les + : suspens intense, efficace, chaos assez bien décrit, suffocant
Les – : les personnages manquent d’épaisseur et de crédibilité, lyrisme parfois pompier
Si c’était à refaire : pas sûr

 

Résumé

L’ouragan s’apprête à déferler sur la Nouvelle-Orléans.

La plupart des gens fuient. Les autres, par pauvreté ou par choix, s’apprêtent à l’affronter. Le chaos va les révéler à eux-mêmes.

Certains laisseront libre cours à leurs pires instincts (pillage, fanatisme, violence  ou encore lâcheté), d’autres prendront conscience de leur essentiel et feront preuve de courage et d’altruisme.

 

Avis

Un roman au suspens haletant

Ouragan se lit comme un thriller, tant il tient en haleine. Il a aussi le mérite de pointer du doigt l’abandon des pauvres avant la catastrophe et de nous la faire revivre heure par heure.

C’est haletant, bien mené, et les personnages suscitent la curiosité. Comment vont-ils réagir au chaos ? Parmi eux : des évadés de prison, un homme traumatisé par 6 ans de plate-forme pétrolière, une vieille femme noire qui défend âprement sa liberté, un enfant mal aimé emmuré dans son silence, et un révérend perdu. Laurent Gaudé les place dans l’incommensurable, les fait se croiser, puis les laisse trouver « ce à quoi ils sont fidèles ».

L’apocalypse, personnage principal du livre, est bien décrite. La puissance de la nature y est démesurée, elle renvoie l’homme à sa petitesse. Ca sent le cloaque, les marécages et la fin du monde.

La réalité du désastre bradée

On ne peut cependant s’empêcher de sortir de la lecture gêné. La catastrophe est encore fraîche dans les mémoires et sur le terrain. Elle méritait peut-être davantage de force et de crédibilité.

L’impression est que l’auteur a utilisé un sujet porteur, mais un peu trop à la légère, et sans vraiment connaître la Louisiane.

Si Joséphine Linc Steelson, « négresse de cent ans » comme elle se définit, incarne le porte-drapeau des noirs humiliés et abandonnés, elle n’est pas assez crédible pour porter haut ses valeurs et susciter l’indignation. Malgré son aura d’incantatrice prophétique, un brin provocatrice à l’égard des blancs, le peu de page qui lui est consacré ne suffit pas à lui donner corps. Avec elle l’indignation retombe comme un soufflet.

Idem pour les autres personnages. Ils sont suffisamment intrigants pour faire fonctionner le suspens, mais restent trop caricaturaux pour qu’on s’y attache.

La ville elle-même est la grande absente du texte. Aucune description de son architecture si particulière, de ses quartiers riches aux larges avenues impeccables ni de ses quartiers pauvres de planches où l’on mord la poussière. Où sont sa musique, son ambiance, ses voix, ses couleurs ? L’histoire pourrait très bien se passer en France.

Les personnages apparaissent comme un prétexte à poser un drame, au mépris des enjeux et de la réalité de la catastrophe, encore très présente dans les esprits et sur le terrain. Ce n’était certainement pas le but de l’auteur, mais il faut juste prendre cet ouvrage comme un très bon thriller. Pour vivre vraiment la condition des noirs et entendre leur colère, mieux vaut se tourner vers l’excellent Home, de Toni Morisson.

Ouragan, de Laurent Gaudé
Paru en août 2012 aux éditions Babel
192 pages, 7,00€
ISBN 978-2-330-01056-0
Voir le site de l’éditeur 

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